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Comment réussisez-vous à vous motiver?

Comment réussisez-vous à vous motiver?

Garder sa motivation tout au long d’un projet, ou même d’une carrière, peut sembler aussi difficile que s’extraire d’un banc de sable mouvant par ses propres forces. Ceux qui réussissent à s’automotiver sortent cependant toujours du lot.

Texte: Kristien Van Bruystegem

Comment parvenir à rester motivé, surtout quand nous n’en avons pas vraiment envie? C’est naturel, nous n’aimons pas redoubler d’efforts sur une longue durée. Et la quantité de caféine que nous absorberons n’y changera rien. Jusqu’à un certain point, la motivation est très personnelle. Ce qui fera bouger l’un n’aura peut-être aucune influence sur l’autre. Cela dit, certains individus semblent plus déterminés que d’autres. Après vingt ans de recherches sur la motivation humaine, Ayelet Fishbach (université de Chicago, Booth School of Business) a défini plusieurs stratégies qui paraissent fonctionner pour la plupart d’entre nous. Que nous ayons envie de perdre du poids, d’économiser pour notre retraite ou de lancer un projet difficile au travail.

FIXEZ DES OBJECTIFS, PAS CE QUE VOUS AVEZ A FAIRE — Déterminer un objectif est essentiel. Les études montrent que les vendeurs emportent plus de contrats quand ils ont des objectifs chiffrés. De la même façon, les individus améliorent leur condition physique quand ils s’imposent des exercices quotidiens. Des ambitions abstraites («je vais faire de mon mieux») sont souvent moins efficaces qu’un but concret. Par exemple, gagner dix nouveaux clients par mois ou marcher dix mille pas par jour. La première règle est donc de se donner des objectifs concrets.

Ces objectifs doivent s’appuyer sur des motivations intrinsèques plutôt que sur des motivations extrinsèques. Qu’est-ce que la motivation intrinsèque? On la rencontre quand l’action est conduite uniquement par l’intérêt et le plaisir que l’individu trouve à agir, sans attendre de récompense externe. Dans le cas d’une motivation extrinsèque, l’objectif est distinct de l’action, ou accessoire. Les recherches indiquent qu’une motivation intrinsèque est susceptible de déboucher sur de meilleures prestations qu’une motivation extrinsèque. Bien sûr, si la récompense externe est suffisamment intéressante, nous effectuerons les tâches même les plus pénibles. Une chimiothérapie est un exemple extrême. Dans un contexte professionnel, beaucoup conservent leur emploi pour l’argent qu’il leur procure et se sentent quelque part comme des esclaves salariaux. Dans une telle situation, ils se contentent évidemment de faire le minimum. Quand notre motivation est essentiellement extrinsèque, il est peu probable qu’elle nous aidera à faire des étincelles.

Tout l’art est de se concentrer sur les éléments qui rendent notre travail intéressant. Dans un monde idéal, nous cherchons tous des rôles et des environnements dans lesquels nous pouvons éprouver du plaisir, ce qui nous permet de maintenir notre engagement au plus haut niveau. Hélas, cette quête n’est pas toujours couronnée de succès. Il s’agit donc de se concentrer sur les petits éléments de votre travail qui nous donnent le plus de plaisir. Et d’essayer de compenser les tâches fastidieuses par des activités qui nous procurent une satisfaction. Un exemple? Écouter de la musique en nettoyant les centaines de messages de votre boîte aux lettres.

Concentrez-vous sure les petits éléments de votre travail qui vous donnent le plus de plaisir. Et essayez de compenser les tâches fastidieuses par des activités qui vous procurent une satisfaction

QUELLES SONT LES RECOMPENSES LES PLUS EFFICACES? — Il est parfois indiqué de créer des facteurs externes de motivation, à court ou à moyen terme. Par exemple, en partant en vacances après la conclusion d’un beau projet. On peut aussi s’offrir un cadeau si l’on a atteint la perte de poids que l’on espérait. Il y a cependant plusieurs pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. Pas de récompense pour vous si vous avez terminé une montagne de tâches à une allure impressionnante en oubliant, peut-être, la qualité. C’est elle qui doit rester votre priorité. Autre écueil fréquent: choisir des cadeaux qui vont à l’encontre de votre objectif. Si vous avez perdu du poids, ne vous récompensez pas par une pizza ou un énorme gâteau. Vous réduirez à néant une partie de vos efforts. Et si vous vous octroyez une semaine de farniente au lit après avoir abattu un travail considérable, vous diminuerez l’impression positive que l’accomplissement de votre tâche vous avait procurée. Certaines récompenses externes sont plus efficaces que d’autres. La perspective d’obtenir un gain incertain (avoir 50% de chance de recevoir 150 euros) fonctionne mieux que la certitude de recevoir un gain (100% de chances de recevoir 100 euros). Peut-être parce que le premier scénario est plus excitant, qu’il fait appel à un goût fort humain pour le jeu.

Enfin, l’aversion à l’échec de certaines personnes peut aussi constituer un facteur de motivation. De nombreuses recherches ont montré par exemple que nous sommes plus nombreux à atteindre notre but quand nous devons verser de l’argent en cas d’échec au lieu de recevoir une prime quand nous réussissons. La punition serait plus efficace que la récompense…

ENCOURAGER LE PROGRES — Quand quelqu’un vise un objectif, il est souvent très enthousiaste au départ. C’est au milieu du parcours que sa motivation diminue. Pour lutter contre cette malédiction, vous pouvez diviser l’objectif en plusieurs sous-objectifs. Exemple: instituez une cible hebdomadaire plutôt qu’une cible trimestrielle. Une deuxième stratégie est de regarder autrement les progrès que vous avez accomplis. Quand l’objectif semble à notre portée, nous avons la tentation d’accentuer nos efforts. Autre exemple: les clients qui sont dans un programme de fidélité dépensent plus quand ils s’approchent de la récompense.

Une autre astuce mentale est de se concentrer sur ce que vous avez déjà accompli au milieu du chemin puis de tourner votre attention sur ce que vous avez encore à faire. Cette différence de perspective peut augmenter votre motivation. Pensons par exemple à l’envoi de lettres de remerciements. Si vous devez en écrire quarante, vous pouvez faire une pause à vingt pour réfléchir à ce que vous avez déjà réalisé. Et à partir de là, vous pouvez décompter celles qui vous restent à faire. Cette technique fonctionne aussi pour des tâches plus qualitatives. Un pianiste débutant qui veut devenir expert se concentrera d’abord sur toutes les gammes qu’il maîtrise déjà, avant de se concentrer sur les défis techniques qui l’attendent.

SERVEZ-VOUS DE L’INFLUENCE DES AUTRES — L’homme est un être social. Nous regardons constamment autour de nous pour observer ce que font les autres. Leurs actions influencent les nôtres. Vous installer à côté d’un collègue qui travaille bien augmente vos performances. Mais quand il s’agit de motivation, cette dynamique est plus complexe. Un collègue qui exécute sa tâche rapidement peut susciter chez nous un sentiment de frustration. Nous réagirons alors de deux manières: soit il nous servira de source d’inspiration et nous essayerons de copier son attitude, soit nous perdrons notre motivation et nous laisserons cette tâche à ce collègue puisqu’il s’en occupe tellement bien. Le problème, c’est que nous ne pouvons pas toujours déléguer, surtout au travail. Nous pouvons cependant utiliser à notre avantage ces relations réciproques d’influence sociale. Parlez avec vos collègues et essayez de découvrir ce qu’ils veulent atteindre par leur travail.

CONCLUSION — Dans la psychologie positive, le flux (flow) est défini comme l’état mental atteint par une personne lorsqu’elle est complètement plongée dans une activité et qu’elle se trouve dans un état maximal de concentration et de satisfaction. Malheureusement, ce sentiment est fugitif ou insaisissable dans la vie quotidienne. Nous nous sentons souvent comme dans un marais et nous nous débattons pour tenter d’atteindre notre but. Dans cette situation, il peut être utile de se servir de la puissance des facteurs de motivation intrinsèques et extrinsèques. On pourra alors choisir avec soin des incitants qui nous permettront d’adapter la vision que nous avons sur nos progrès tout en profitant de l’influence sociale. L’automotivation est l’une des aptitudes les plus difficiles à apprendre. Mais elle est cruciale pour nous conduire sur la voie du succès. ¶

Source: How to keep working when you’re just not feeling it, Harvard Business Review, November – December 2018 By Ayelet Fishbach